En revenant de Namibie, on a marqué un petit arrêt à Johannesburg. Une nuit, juste pour reprendre un vol le lendemain. Pour être tout à fait honnête, je n’ai jamais été attiré par cette ville. On entend tellement de choses à son sujet que ça ne m’a jamais donné envie. Sur le pays tout entier d’ailleurs. Je sais que les paysages sont magnifiques, que Le Cap a une vibration unique, mais bon, le climat politique et social du pays, les résidus de l’Apartheid et ses conséquences, la violence systémique, les inégalités… tout ça m’a toujours rebuté. Pourtant, arrêt forcé par Johannesburg avant de reprendre un vol pour Paris, il a donc fallu s’adapter.
J’ai eu l’occasion de dormir à la Satyagraha House, au cœur d’un quartier résidentiel de Johannesburg. C’est une maison discrète. Architecture d’une époque révolue, jardin verdoyant, petit havre de paix au milieu d’une ville dont on dit tout et son contraire. Ce court séjour – une nuit, c’est pas grand chose – a pourtant été une véritable bouffée d’oxygène et une découverte magique ! Pousser la porte de la Satyagraha a été comme ouvrir un livre dont on ignore l’histoire, ou déplier un manuscrit menant vers un pays inexploré. Ce fut surtout pour moi l’occasion d’aborder une page de l’Histoire que j’ignorais totalement : la présence de Gandhi en Afrique du Sud, les premières années de son mouvement ou encore l’arrivée des Indiens dans la ville.


Dormir et manger à la Satyagraha.
Arrivés en début de soirée, on a été installés dans nos chambres. Certaines chambres occupent d’anciens bâtiments (des maisons en toit de chaume), d’autres ont été créées dans des bâtiments plus modernes, en briques. Pourtant, l’esprit semble demeurer le même. Déconnexion totale, pas de télé ni de téléphone dans les chambres. Il faut dire que l’endroit, chambre comme jardin, invite à la détente.
La décoration des chambres est plutôt sommaire, mais on s’y sent bien. Les lits sont confortables et douillets, quelques livres sont disséminés çà et là, la salle de bains est spacieuse. Mention spéciale pour le gel douche et le shampooing, fabriqués artisanalement, qui sont aussi l’identité olfactive de la maison. Confectionnée tout spécialement pour les lieux.

Le repas se tient dans la salle commune. Une grande table en bois accueillent les convives. En journée, on peut manger dehors, à l’ombre d’un grand arbre. Le repas est excellent, préparé sur place avec un maximum d’ingrédients cultivés dans le jardin derrière la maison. Peu voire pas de viande, les repas ici sont principalement vegans. Suivant les saisons : jus de pomme frais au gingembre, soupe de petits pois, curry de légumes ou encore bobotie (plat traditionnel sudafricain) peuvent être au menu. Mais sois rassuré(e), le repas est un régal.


Le lieu est calme, propice à la détente. On se sent presque chez soi. Mais la maison n’est pas qu’un hôtel où on mange bien, c’est avant tout une histoire.
La Satyagraha House :
un musée et une histoire singulière.
La maison a été construite au début du 20ème siècle par un architecte allemand, Hermann Kallenbach, dans la campagne proche de Johannesburg (aujourd’hui un quartier pleinement intégré dans cette ville immense). L’architecte y vit quelque temps avec Mohandas Gandhi, alors avocat à Johannesburg. Beaucoup de choses ont été racontées sur la nature de leur relation, mais ils entretenaient avant tout une très forte amitié et avaient, l’un pour l’autre, un profond respect.
Séjourner dans la maison, c’est aussi l’occasion d’avoir gratuitement une visite guidée de cette bâtisse particulière et de son musée afin de découvrir tout un pan de l’Histoire totalement oublié. Oui, Gandhi, héros de l’indépendance indienne, a vécu et séjourné à Johannesburg (pendant 10 ans). Comme beaucoup d’Indiens d’ailleurs. Mais quel rapport entre l’Inde et l’Afrique du Sud ? La présence coloniale des Britanniques, tout simplement. Pour rejoindre Londres depuis les Indes, on prenait le bateau et les navires faisaient régulièrement escale en Afrique du Sud.




Les Indiens subissaient une ségrégation et des lois raciales. Grandhi a été très tôt un défenseur et un porte parole pour les Indiens du pays, faisant tout pour éviter qu’ils soient davantage discriminés et tout simplement leur permettre de circuler librement dans le pays. Mais il s’opposera au gouvernement sudafricain et fera même de la prison. C’est lors de cet enfermement qu’il mettra au point sa « doctrine » de Satyagraha (la lutte non-violente). Il fut aussi l’un des premiers à lutter contre toute ségrégation dans le pays. Son combat inspirera d’ailleurs de modèle pour la lutte des Noirs en Afrique du Sud. En fait, la présence de Gandhi à Johannesburg, c’est un pan de l’histoire du pays qui peut être vu comme les prémices de ce qui arrivera plus tard.



Le musée permet de retracer, en parallèle, les vies de Gandhi et de Kallenbach. Dans les autres pièces de la la maison on en apprend davantage sur cette « lutte non-armée » mais aussi sur la vie de Gandhi en Afrique du Sud, ses habitudes, ses rituels, son mode de vie.
Pause détente à la Satyagraha.
En dehors des repas, tu peux partir à la découverte de Johannesburg ou tout simplement t’installer sur un des bancs du jardin pour te détendre : faire une sieste, lire un bouquin, observer le soleil percer à travers le feuillage des arbres, regarder les oiseaux… Le lieu est idéal pour la déconnexion. Si j’avais pu, je n’en serais jamais parti.

Sinon, que faire à Johannesburg ?
S’il y a bien un lieu absolument incontournable à Johannesburg, c’est le Musée de l’Apartheid. Un lieu de mémoire, de transmission et d’éducation poignant qui mérite vraiment une visite (photos interdites à l’intérieur du musée). On y découvre le contexte historique, la mise en place de ce système racial, les figures de la lutte, ses effets aujourd’hui… À ne manquer sous aucun prétexte.

Autre musée incontournable pour en apprendre davantage sur l’histoire de l’Afrique du Sud : Constitution Hill – Human Right Precinct. Cette ancienne prison ouvre ses portes pour des expositions et des collections permanentes sur l’histoire locale.
Enfin, terminons avec le Origins Center, un musée qui retrace la riche histoire de l’Afrique, notamment préhistorique, avec une collection de fossiles, de pierres taillées, de squelettes…
Mais si tu veux en voir plus, tu peux t’organiser une visite guidée pour découvrir différents quartiers d’intérêt comme Soweto : un township célèbre pour son street art, son histoire et pour ses deux tours de l’ancienne centrale électrique. Aujourd’hui, elles sont le repaire des amateurs de sensations fortes avec tyroliennes et saut à l’élastique.
Si le street art t’intéresse, des visites guidées par des locaux t’emmènent dans les rues où s’affichent les œuvres les plus remarquables.
Toutefois, une remarque concernant la sécurité à Johannesburg : les locaux te déconseilleront fortement de te déplacer à pied dans Johannesburg. Trop dangereux. Tout déplacement se fait en taxi ou Uber.
Quand tu sors dans les bars est les restos, déplacement en taxi également, ne fais rien à pied. Même devant la Satyagraha (dont l’accès est protégé par un portail électrique surveillé), le chauffeur de taxi te prendra pour un fou inconscient sur si tu proposes d’attendre hors du véhicule, tout seul.
J’espère que cette présentation de cette maison incroyable et de son étonnante histoire
t’a donné envie de la découvrir et, pourquoi pas, d’y passer la nuit.
En attendant, je te laisse découvrir les autres articles sur le blog.
Patience, les articles sur mon voyage mémorable en Namibie seront bientôt en ligne 😉
En savoir plus sur Le Petit Explorateur
Subscribe to get the latest posts sent to your email.