Les 5 voyages qui ont changé ma vie

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On a coutume de dire que les voyages forment la jeunesse. Heureusement, ils sont formateurs à tout âge et il n’est jamais trop tard pour découvrir et apprendre. Du haut de mon mètre soixante huit, j’ai eu envie de porter un regard sur les voyages que j’ai pu effecter jusqu’à aujourd’hui et d’en faire un bilan. Quoi de mieux pour une fin d’année ? 🙂

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Je n’avais jamais envisagé mes voyages sous le prisme de l’enseignement personnel. Je suis toujours allé là où j’avais envie d’aller, porté par une attirance et une curiosité culturelles et gastronomiques, poussé par le goût des paysages et la soif de rencontres. Mais quand on voyage, et a fortiori quand on voyage seul, chaque étape est un moyen d’en apprendre un peu plus sur soi et sur les autres.

TOUT VOYAGE EN VAUT LA PEINE, CHAQUE VOYAGE EST PORTEUR DE SENS

Je vous propose donc aujourd’hui cinq pays, cinq voyages qui m’ont appris beaucoup de choses et qui ont changé ma vie. Mais s’il y a je pense UNE chose que j’ai apprise de TOUS mes voyages, c’est que tout voyage en vaut la peine, chaque voyage est mérité et porteur de sens. L’humain, malgré qu’il peut être une franche ordure parfois (souvent), mérite qu’on aille à sa rencontre. N’ayons plus peur des rencontres.

Je suis tellement reconnaissant de tous les sourires et les mains tendues, de toutes les conversations et de toutes les bonnes intentions.
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LA TURQUIE, LE PAYS DES PREMIÈRES FOIS

Coucher de soleil à Istanbul

Ceux qui me lisent régulièremet savent que la Turquie est un pays spécial pour moi, et ce pour différentes raisons.

Déjà, je pourrais dire que la Turquie est là où j’ai fait mon premier voyage seul, sans mes parents, pendant une semaine à redécouvrir Istanbul.

Quelques semaines plus tard, je débarquais de nouveau à Istanbul sur un pseudo coup de tête pour un stage de plusieurs mois : deuxième distinction, la Turquie est le seul pays en dehors de la France où j’ai vécu et, en un sens, le seul que je considère comme mon deuxième pays.

Troisième distinction : ce premier voyage seul et ces 6 mois passés à Istanbul, à vivre comme un Stambouliote, ont fait de la Turquie le pays qui m’a donné envie de voyager. La Turquie, et sa magique Istanbul m’ont refilé le virus du voyage.

Istanbul

POUR MOI, IL Y A UN AVANT
ET UN APRÈS TURQUIE

Pour moi, clairement, il y a un avant et un après Turquie. J’ai découvert que, pour la première fois, je pouvais me débrouiller seul, dans un pays pratiquement inconnu dont je ne parlais pas la langue. Pour la première fois de ma vie, j’ai appris à apprivoiser les codes d’une culture différente et j’ai suivi des cours de langue pour m’intégrer.  J’ai trouvé l’expérience intensément riche et je sais que c’est en quelque sorte le voyage de la maturité et de l’indépendance.

J’avais déjà voyagé avec mes parents mais, même si j’avais trouvé l’expérience plaisante, je n’avais pas senti un profond chamboulement intérieur et personnel, ces voyages n’avaient pas piqué ma curiosité sur le monde et les autres cultures. Tout simplement, je ne me rendais pas alors compte de la chance que j’avais de pouvoir voyager. Je pense d’ailleurs n’avoir jamais remercié mes parents de m’avoir donné ce si beau cadeau.

Après avoir vécu en Turquie, après avoir vécu Istanbul, j’ai ressenti un profond changement, celui d’ouvrir enfin les yeux sur le monde qui m’entourait, d’aimer sa diversité et ses contradictions, j’ai pris goût au besoin d’en voir plus. La Turquie a fait de moi une personne curieuse sur le monde et plus ouverte, elle a aussi fait de moi un voyageur.
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L’EGYPTE : LA CHANCE & LA FASCINATION

Les pyramides de Gizeh

Alors que j’entrais en classe de 6ème, j’ai eu la chance d’avoir une super professeur d’Histoire qui m’a transmis une passion pour cette matière… grâce à ses cours sur l’Egypte ancienne.

Depuis ce jour-là, non seulement j’ai aimé l’Histoire mais j’ai aussi été piqué d’intérêt pour l’Egypte, ses pyramides et ses temples. C’est donc sans sourciller que, une fois mon diplôme universitaire en poche, je décide de partir deux semaines en Egypte, à la découverte de ce pays qui m’intrigue tant.

J’ai adoré l’Egypte ! J’ai été complètement envoûté et je garde aujourd’hui encore un souvenir tout particulier de ce pays. Je l’ai aimée car c’est la première fois que je partais dans un pays si différent de mes repères personnels. Un pays franchement oriental qui peut parfois déboussoler. En Egypte, j’ai pris une sacrée claque dans la gueule ! Je n’ose même pas imaginer ce que c’est que de partir en Inde…

En Egypte, j’ai pris conscience de la chance que nous avons de vivre dans un pays comme la France. Certes, il y a des milliers de dysfonctionnements et des millions de choses à changer mais au moins avons-nous la chance d’être libre de penser et de dire ce que l’on veut, d’aimer qui l’on veut, de faire ce que l’on veut sans craindre pour la réputation ou l’honneur de sa famille. La chance, quand même, de vivre dans un pays (relativement) propre et entretenu, où marcher sur le trottoir et traverser la route n’est pas comme jouer à la roulette russe. Un pays où nous avons accès aux soins médicaux, à la culture, à l’éducation, à l’eau potable.

Alors, je ne dis pas qu’en Egypte, il n’y a pas d’éducation, de culture, d’eau potable ni de soins médicaux, mais j’ai eu le sentiment d’un pays où la vie était dure et difficile, où la vie était somme toute un combat quotidien. J’ai alors pensé à nos vies, en France, je repensais à notre caractère constamment ronchon et insatisfait, à notre propension à faire des grèves et des manifestations pour certaines raisons nobles et justifiées dans la plupart des cas, à nous plaindre des transports, de la politique, à la loi sur le travail dominical et j’en ressentais un certain malaise. Franchement, de quoi on se plaint ?

Dunes de sable, Egypte

L’Egypte, c’est aussi ma rencontre avec le désert et avec une région du monde qui depuis ce voyage-là, m’a complètement fasciné et transformé : le Moyen-Orient.

J’ai adoré découvrir le désert, enfin ! Une immensité de sable, où le silence est tellement important qu’il en devient bruyant, où le néant se transforme en poésie. Dans un endroit pareil, on ressent une impression de solitude absolument incroyable, une solitude qui force à une remise en question, à une recherche de réponses et de sens. Le désert et l’introspection, pour moi, ça ne fait qu’un. Depuis ce jour, je suis complètement passionné par le désert.

Et oui, ce voyage en Egypte, c’est aussi ma rencontre avec le Moyen-Orient, une région souvent décriée et mal aimée, mal comprise. Pour moi, ça a été une révélation, un véritable coup de cœur. J’ai depuis pris des cours d’arabe et tenté de faire de nouveaux voyages en Orient. Cette région est fabuleusement chaleureuse et accueillante, riche d’humanité, de culture, de sourires, de « welcome » dans la rue, de mains tendues et de saveurs. L’Egypte m’a ouvert sur cette région et c’est un cadeau magnifique !
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LA POLOGNE, L’ÉMOTION DU RETOUR AUX SOURCES

Vieille ville de Varsovie

Septembre 2016, je partais pour la première fois en Pologne,
à la découverte de l’incroyable ville de Varsovie !

Ce voyage en Pologne a été particulier car il s’agissait du premier voyage dans le pays de mes origines. J’avais toujours eu un peu d’appréhension à l’idée d’aller en Pologne, faire le chemin inverse qu’ont fait mes arrière-grands-parents et revenir sur leurs pas. Je ne comprenais pas vraiment cette appréhension. Étrangement, aucun autre membre de ma famille n’a mis les pieds en Pologne, je suis le premier à avoir fait le pas.

Vieille ville de Varsovie

Partir en Pologne a donc été un voyage lourd de sens. J’en ai appris un peu plus sur l’endroit d’où je viens et appris un peu plus sur moi-même. Je me suis interrogé sur ce qu’aurais pu être ma vie, là, dans la ville de Chopin. Je me demandais ce que serait ma famille si nous avions vécu en Pologne pendant la guerre, dans cette ville de Varsovie détruite à plus de 85%. Je n’existerais peut-être même pas.

À l’instar de mes visites de Beyrouth et Sarajevo, Varsovie m’a fasciné. J’ai été touché et fasciné par la force des peuples à reconstruire leur capitale détruite, rasée ; à rassembler, morceau par morceau, les débris d’identité, de culture et d’individualités pour faire renaître une ville, une capitale qui dit au monde : non, nous ne disparaîtrons pas, nous ne céderons pas. Ces trois villes m’ont complètement déstabilisé.
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ISRAËL : ENTRE INCOMPRÉHENSION & COLÈRE

Les toits de Jérusalem

Je garde un attachement particulier avec tous les pays que j’ai visités (en tout cas jusqu’à aujourd’hui), il y a une sorte d’attachement émotionnel. C’est bête mais je vois ces pays comme des petites peluches toutes douces qu’on caresse et qu’on positionne sur son lit, l’une à coté de l’autre, car on les aime, c’est toujours avec beaucoup d’affection qu’on se les rappelle. Voilà tout, j’ai un côté très affectif avec les pays visités… Sauf Israël.

En fait, Israël, j’ai aimé le pays (comprendre : les paysages et les vieilles villes) mais ça s’arrête là. J’ai senti qu’il manquait quelque chose, une ambiance, une chaleur humaine. Ce pays manque cruellement d’humanité ! C’est d’ailleurs le voyage qui m’a le plus perturbé. J’étais constamment balancé entre la colère et le dégoût, l’incompréhension et la frustration, la tristesse et l’exaspération. Alors bien sûr, quand on visite qu’Israël, c’est joli, c’est tout beau, mais entrez en Palestine et votre visage se déconfit.

J’ai été pris de vertiges de rage au pied du mur de séparation à Bethléem, figé dans l’incompréhension d’une telle horreur. Marcher le long du mur et regarder les graffitis s’aligner comme les traits que trace un détenu sur le mur de sa prison a réveillé en moi une colère et une émotion que je n’avais jamais ressenti.

Mont des Oliviers, Jerusalem

J’ai été consumé par la honte quand le chauffeur de mini bus nous montrait les nouvelles colonies israéliennes qui poussent en Palestine comme un champignon au pied d’un arbre et que les occupants du bus se retournaient vers nous.

On ne les a pas posées ces pierres, on ne les a pas construites ces maisons et, personnellement, on y est pour rien sur la politique d’Israël, mais bon sang, on se sent tellement coupable et plein de honte. J’avais envie de pleurer et de crier « je suis tellement désolé« . Pour la première fois, j’ai senti que les décisions politiques de mon propre pays, eh ben, même sans les cautionner, en me trouvant assis là au fond d’un minibus jaune en Palestine, en tant que « Français », j’en étais tout de même un peu responsable, peu importe mes convictions personnelles, le laisser faire français en Israël m’impliquait. Et j’avais honte !
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LA SYRIE

Alep, Damas... la Syrie
Les rues d’Alep… avant.

CE VOYAGE QUI A CHANgé ma vie est un voyage que je n’ai pas fait.

Effectivement, c’est un voyage que j’ai failli faire mais que j’ai dû remettre à plus tard, en me disant « bah, la Syrie, je la garde pour plus tard« . Plus tard. Mouais.

En fait, avec le recul et en regardant la situation actuelle, j’ai pris conscience de la fragilité des équilibres, la fébrilité de la paix et de la liberté. En France, on se croit peut-être à l’abri d’un destin aussi funeste que celui de la Syrie mais, au fond, peut-on en être vraiment sûr ? Qui peut certifier que la France ou l’Europe ne s’embraseront plus comme par le passé, ne se déchireront plus pour un morceau de territoire, un pipeline de pétrole ou un approvisionnement en eau.

J’ai visité trois pays ayant été, dans un passé plus ou moins proche, minés par la guerre, la déchirure et la violence, gangrenés par les tensions, les combats et les épurages ethniques ou religieux (Liban, Bosnie-Herzégovine, Pologne). Ces voyages ont été pour moi un détonateur. En effet, rien n’est acquis pour toujours.

Che Guevara disait « La révolution est comme une bicyclette : quand elle n’avance pas, elle tombe« . Et si la paix et la liberté étaient elles aussi en réalité des combats quotidiens ?

Dans les rues de Syrie
Dans les rues de Damas

Qui aurait pu croire que l’Ukraine, aux portes de l’Europe, allait voir une partie de son territoire, la Crimée, envahi par la Russie ? Que en quelques années, le Yémen, pourtant avant plutôt paisible, allait s’embraser ? Qu’une révolte du peuple syrien contre son dictateur allait déboucher sur l’infâme massacre auquel on assiste depuis de trop longues années ? Voilà où je veux en venir : au « qui aurait pu croire« . Force est de constater que tout peut arriver.

Ce non-voyage en Syrie a donc changé ma vie au vu des tragiques événements qui secouent ce beau pays depuis maintenant 6 ans. L’équilibre du monde est fragile, ne considérons pas la paix et la liberté comme acquises. Et je me demande régulièrement : « bon, le prochain pays à éviter, c’est lequel ?« …

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Voilà cinq enseignements que j’ai pu recevoir de mes voyages et c’est là que je comprends l’importance du voyage, au-delà du simple plaisir à découvrir de beaux paysages et de nouveaux pays : voyager m’a aidé à comprendre le monde et à me remettre en question, constamment.

Je terminerai sur une citation de Carlo Goldoni que j’aime beaucoup : « qui n’a jamais quitté son pays est plein de préjugés« .

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Et vous, c’est quoi les voyages qui ont changé votre vie ?
Likez, commentez, partagez 🙂

10 COMMENTAIRES

  1. J’aime beaucoup ton article et ta réflexion sur ce que les voyages nous ont enseignés…
    J’ai ressenti certains de ces sentiments aussi… Par exemple me rendre compte de la chance que l’on a de vivre en France, malgré tous les points négatifs que tu cites. Au Brésil, et surtout pour les femmes, une de mes collègues me racontait comment elle se sentait souvent en insécurité à vivre seule, qu’elle devait prendre un taxi à chaque soirée à laquelle elle se rendait etc…
    Je pense que tous les voyages nous forgent, et nous enseignent des choses, et je suis comme toi, chaque voyage à ce je ne sais quoi, que j’aimerai conserver dans une petite bulle <3

  2. Alexis, laisse moi te faire une déclaration platonique en tout bien tout honneur : je t’aime ! Tout ce que tu dis est tellement plein de justesse, d’intelligence, d’humanité, et je suis toujours tellement d’accord avec toi, je hoche la tête comme une candidate de téléréalité en me disant « grave il a trop raison quoi », je suis groupie. J’adore, j’adore cet article, les lieux, les émotions, les réflexions, vraiment un énorme coup de coeur ! Bravo et merci !

    • Alexandra, tes mots sont toujours chaleureux et encourageants, merci beaucoup ! Je suis ravi que cet article te plaise. Je peux répondre à ta déclaration en te disant que c’est réciproque 🙂

  3. très bel article Alex
    d accord avec toi sur bcp de points
    notamment sur le fait d apprécier notre situation en FRance
    je dis toujours ok les choses ne vont pas mal mais bon sang ouvrez les yeux les gens
    pas besoin d aller très loin pour voir que nos problèmes peuvent prendre une autre dimension
    j aime aussi être au plus près des autres lors d un voyage
    quel excellent moyen avec la langue
    j avais pris des cours de portugais avant de partir au Brésil

  4. Super article. Merci
    Dites-moi, comment pourrais-je vous joindre en privée, car votre formulaire de contact ne marche pas.
    Dans l’attente de votre réponse,
    Cordialement,

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